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Covid et suicide

Deux publications récentes concernent la détresse psychologique et le suicide en période de Covid. La première est l’étude COCLICO conduite par l'IRDES[1] entre le 3 et le 14 avril 2020 (alors que le confinement a été décrété le 17 mars). La seconde est une enquête de la Fondation Jean Jaurès.

Les résultats initiaux de l’étude COCLICO, menée auprès de plus de 20 000 personnes, montrent qu’un tiers de la population manifestait une détresse psychologique.  Sans surprise par rapport à tout ce qui a pu être dit ou écrit, sont plus particulièrement concernées les personnes avec un terrain psychique vulnérable, ou encore sans liens sociaux, les malades chroniques, ainsi que les Français qui vivent avec la crainte d'une dégradation des conditions financières en raison de la crise.

Plus surprenante est l’association avec le fait d’être une femme. Pour les auteurs, c’est peut-être parce que celles-ci ont eu davantage à assumer le fardeau des tâches domestiques et éducatives au sein du foyer.

L’absence de liens sociaux ne nous surprendra pas, en revanche l’étude alerte sur la consommation de réseaux sociaux en temps de crise. Les individus passant un temps quotidien élevé sur les réseaux sociaux au cours du confinement sont plus à risque de survenue de détresse psychologique (un fort usage de ces réseaux pourrait notamment avoir un impact négatif via l’accès à un grand nombre d’informations potentiellement anxiogènes relatives à la crise épidémique). Par ailleurs, des travaux menés en dehors de périodes de crise montrent un lien fort entre usage des réseaux sociaux et risque de dépression, notamment chez les jeunes adultes.

 

De son côté la Fondation Jean Jaurès a publié le 6 novembre 2020, l’enquête « Suicide : l’autre vague à venir du coronavirus ? » [2] réalisée auprès d’un échantillon de 2000 personnes interrogées du 21 au 28 septembre 2020.

 

Les résultats sont inquiétants.

-       parmi les personnes interrogées 20% ont déjà envisagé sérieusement de se suicider ; 25% des artisans-commerçants ; 27% des chômeurs et des dirigeants d’entreprise.

-       parmi ceux qui ont envisagé de se suicider dans cette enquête, 25% sont âgés entre 18 et 24 ans ; 24% sont des femmes de moins de 35 ans ; 11% l’ont envisagé durant le premier confinement, 17% depuis la fin du premier confinement ;

-       parmi les personnes qui ont déjà pensé au suicide (20% des Français), 27% ont déjà fait une tentative de suicide provoquant une hospitalisation (22% en 2016)

 

Des enseignements à tirer ?

Toutes les études montrent que les effets suicidaires des crises se font sentir dans un délai de plusieurs mois, voire quelques années. Ainsi, pour celle de 1929, c’est à partir des années 1930-1931 qu’on a pu observer le pic le plus élevé et pour celle de 2008, c’est en 2009 et 2010. Il y a toujours un décalage entre la déstructuration économique et sociale et les réactions des personnes les plus affectées sur le plan individuel et collectif.

 

Quand 20% de Français en 2020 affirment avoir déjà envisagé sérieusement de se suicider dans leur vie, trois catégories professionnelles ont des taux d’intention largement supérieurs : les dirigeants d’entreprises à 27%, les artisans-commerçants à 25% et les chômeurs à 27%.

La cause principale des morts violentes des commerçants a donc pour nom le suicide des petits entrepreneurs. Ce que montre l’enquête, c’est qu’à l'avenir ces catégories de la population pourraient avoir une pratique suicidaire qui se rapproche de la situation que connaissent déjà les agriculteurs, catégorie sombrement touchée par ce fléau en France.

 

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Ce triste constat est l’occasion de faire connaître aux membres du GPS que la souffrance des « travailleurs indépendants » est une préoccupation portée par l’APESA[3], qui dispose elle aussi de sentinelles et de cellule d’écoute. Une information qu’il était prévu de faire connaître en réunion bimestrielle du GPS… sans le confinement.

 

 

Daniel Coutant, auteur de « Un GPS, pour éviter le suicide ». Editions Vérone

 

 

 



[1] IRDES (Institut de recherche et documentation en économie de la santé). N° 249 – juin 2020

[2] Enquête dirigée par Michel Debout, professeur de médecine légale et membre de l'Observatoire national du suicide.

 

[3] APESA (Aide Psychologique pour l’Entrepreneur en Souffrance Aigüe) avec sentinelles, cellule d’écoute, accompagnement par psychologue